Dés-unanimité

Danielle MITTERRAND est décédée ; et, comme à l’ordinaire, une célébration mémorielle et consensuelle entoure cette disparition.

Sortons du consensus.

La veille de ses obsèques, le 25 novembre, jour des catherinettes, était aussi celui de la lutte des violences faites aux femmes dont on sait que trop succombent encore sous les coups de leurs conjoints ou compagnons. Dans la semaine, la France entière s’était émue, à juste titre, de l’ignoble assassinat d’une toute jeune fille, violée, martyrisée, brûlée par un gamin à peine plus âgé qu’elle. Dans le même temps, à BLOIS, était jugé un mari jaloux qui sous les yeux de ses petites filles avait poignardé à mort, en pleine rue, son ex-femme qui souhaitait refaire sa vie.

Le 24 novembre au journal télévisé du soir, sur France 3, une jeune femme d’origine sénégalaise, dans le cadre de la préparation à la journée de la lutte contre les violences faites aux femmes, racontait, avec hésitation et chagrin, la mutilation dont toute petite fille elle avait été la victime. Au pays, pendant les vacances, sa grand-mère et quelques matrones l’avaient excisée ; en quelques mots à peine audibles, décousus, cette pauvre femmes évoquait cet acte sacrificiel plein de sang et de larmes qui de la douleur d’une fillette de cinq ans, une toute petite enfant, avait fait surgir le dégoût qui la hantait toujours pour la femme qu’elle était et que l’excision punissait.

Juste après cette séquence pénible, la présentatrice passait à autre chose : le rassemblement sur le Pont des Arts, à Paris, des amis de Danielle MITTERRAND qui avaient choisi ce geste pour rendre hommage à une femme libre et généreuse, engagée dans les luttes de son temps.

Cette transition brutale de la mutilation d’une femme, un crime aux yeux de la loi française, de la loi républicaine, à une louange unanime en hommage à une autre femme m’a choqué.

Il y a très longtemps, en effet, et dans le rappel biographique de Danielle MITTERRAND, si certains journalistes ont pudiquement rappelé que cette dame avait commis quelques erreurs, illustrées par celle de son embrassade avec Fidel CASTRO, personne n’en a parlé, Madame MITTERRAND est venue témoigner à la barre d’un tribunal français, en faveur d’un couple accusé d’avoir fait exciser une de ses fillettes. Son argument avait consisté à dire qu’étant d’une culture différente de celle pratiquée en France, le couple avait des excuses…

Une excuse pour martyriser ? Une excuse pour mutiler ? Une excuse pour détruire une partie du corps féminin, pour priver un être de son identité biologique au nom d’une identité culturelle ? Une excuse pour altérer cruellement l’altérité de la moitié de l’humanité ?

Non, Madame !

Vous l’avez pensé ; d’autres l’ont pensé sans doute, mais se sont tus. Vous, vous l’avez dit ; et vous l’avez dit parce que vous étiez une femme « engagée » et l’épouse d’un homme politique en vue. Ce qui redouble votre responsabilité dans l’atrocité de votre témoignage.

Je ne sais pas ce que la fillette excisée dont vous avez soutenu la famille a pensé en apprenant votre mort. Aujourd’hui, si elle vit, c’est une femme dont la chair reste saccagée à jamais par un acte que vous avez absous, culturellement s’entend.

Sans doute n’a-t-elle pas approuvé cette louange unanime qui embaume vos cendres. Peut-être même s’en est-elle été une seconde fois sentie condamnée, toujours culturellement s’entend …

Cette femme, la jeune Sénégalaise qui témoignait le 24 novembre n’ont certes pas mené des campagnes en faveur des déshérités comme vous l’avez fait au long de votre longue vie militante, vie pleine et qui vous honore comme le répètent ceux qui vous ont cotoyée.

Vous avez cependant, Madame, milité contre elles, une fois dans votre vie, une seule fois peut-être, une fois de trop.

Françoise Roche Ours.jpg

Commentaires

1. Le 2011, mercredi 30 novembre, 08:51 par Militant d'en bas

J'ai envie de paraphraser Jésus, à qui on demandait de condamner une femme adultère selon la loi de Moïse (la lapidation) : " Que celui d'entre vous qui est sans péché lui lance la première pierre" !