Sommes-nous vraiment si bêtes ?

Le soleil a rendez-vous avec la lune …
In le Soleil et la lune de Charles Trenet 1939

Dans sa chanson le Soleil et la lune, Charles Trenet parle des savants qui « annonçaient un jour la fin du monde » … En 1939, je n’étais ni née ni en cours de l’être. Il aurait pu, ce fou chantant, plutôt que des savants, dire un mot des charlatans … Non que les savants soient des charlatans … même si certains sont entre les deux et même plus qu’à moitié ! Car la corruption le dispute à l’ignorance en ce bas monde, le seul que je connaisse et dont j’espère qu’il lui arrivera tôt ou tard de changer. Dans le bon sens, s’entend, et aux deux sens du terme !

Toujours est-il que la COP 21 dont le statut anti-terroriste, et in extremis, a mal camouflé la vacuité, a permis d’étaler au grand jour que le réchauffement climatique est une affaire juteuse pour la finance, en particulier pour celle des assurances en tout genre. Les risques climatiques exigent de nouvelles sub primes qui feront éclore, incessamment sous peu, des « bulles », gages pour les uns, quand elles éclateront, de gros bénéfices, pour quelques autres d’un sacré bouillon ; quant aux assurés ils auront leurs yeux pour pleurer, et aux contribuables l’obligation de payer afin de renflouer des boîtes financières trop grosses pour couler et même pour être restructurées.

Cette intéressante perspective d’avoir à casquer pour remettre en état de nuire des banques et des sociétés d’assurance tous les huit ou dix ans n’affole pas trop les populations à qui d’ailleurs on ne demande pas leur avis. Mais jusques à quand seront-elles à ce point flegmatiques, pour ne pas dire résignées ?

Il faut dire qu’entre les « normales » saisonnières qui remplacent allègrement les moyennes thermiques et pluviométriques, dans (presque) tous les instants audio-télévisuels d’information donnée sous l’égide de Sainte-Météo, et les conneries de l’énumération des risques climatiques qui confondent les typhons tropicaux, les trains de perturbations du front polaire pendant la saison froide et les tsunamis (sic), il peut arriver que l’auditeur ou téléspectateur lambda se demande ce qu’on a bien pu lui apprendre à l’école, à lui l’informé ou à lui l’informateur …

Tout ce brouillis brouilla doit bien évidemment permettre d’arnaquer les vieilles dames et les jeunes couples dans l’unique but altruiste de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre ! Il est vrai que sept milliards et demi d’humains qui pèteront en 2016 ça sent plus mauvais qu’en 1950 (j’étais née, donc coupable) quand il n’y avait que deux petits milliards et demi de péteux.

Ce qui est étonnant dans ce grand raout mondial et mondain qui vient de se tenir au BOURGET et qui a réuni 130 chefs d’état et de gouvernement tous assistés de leur suite de dignitaires et de conseillers, c’est que le principal responsable des changements climatiques n’ait pas été invité. Il n’est pourtant pas très loin de là, à huit minutes seulement, minutes-lumière, je vous l’accorde ; mais enfin, c’est la porte à côté !

Ainsi, dans notre système solaire, l’étoile minuscule et thermonucléaire qui nous éclaire et nous chauffe, le Soleil puisqu’il faut bien l’appeler par son nom, est une quantité négligeable et un voisin peu fréquentable !

La planète que nous polluons avec aplomb et constance, est pourtant un petit morceau de soleil, un tison en quelque sorte, qui séparé de sa source se refroidit inéluctablement … Pour l’heure, si la Terre n’était pas enveloppée d’une atmosphère associant de nombreux gaz, la proximité du soleil la transformerait en un gros bloc de terre cuite. Inversement si dans l’atmosphère il n’y avait pas en proportion variable des gaz à effet de serre, le rayonnement terrestre nocturne refroidirait beaucoup la surface de la planète et entraînerait la constitution de vastes inlandsis et par conséquent un fort abaissement du niveau de la mer.

Les variations de climat de la Terre sont liées essentiellement à l’activité solaire ; leur amplitude et leur durée sont inconstantes, parfois très fortes, comme lors des glaciations, parfois moins comme lors du réchauffement médiéval qui a provoqué la rupture du littoral de la mer du Nord, la constitution des îles frisonnes et l’invasion marine des actuels Pays Bas.

A ma connaissance, les contemporains du début du réchauffement global il y a 30000 ans et ceux qui furent témoins et victimes de l’oscillation thermique au XIIème siècle n’ont pas attribué ces changements aux techniques humaines interférant avec les lois de la nature … Que la révolution industrielle qui compte deux bons siècles et l’expansion démographique qui lui est concomitante et se poursuit de nos jours aient sali et pillé la planète, c’est incontestable. Mais de là à concurrencer globalement le soleil … Nous sommes bien présomptueux !

Oui, les tempêtes sont destructrices. Et les navigateurs pour s’en prémunir au maximum, se sont longtemps contentés de caboter le long des rivages plutôt que s’aventurer en haute mer. Quand les littoraux ne sont pas occupés par les habitations des hommes et leurs équipements économiques ce qui fut le cas fort longtemps la vision apocalyptique au sens religieux du terme qu’en ont les rares spectateurs n’a rien à voir avec le catastrophisme qui accompagne de nos jours les commentaires de leurs destructions. Ces masses d’eau qui battent les falaises comme des béliers ont longtemps été ressenties comme terrifiantes et répulsives. Il y a à peine deux siècles que la mer est progressivement devenue attrayante* ; la haute montagne aussi d’ailleurs. Cette mutation traduit l’amélioration des conditions de vie qui donnent en plus de techniques qui permettent de se déplacer rapidement, des temps de loisirs de plus en plus longs aux travailleurs et à certains d’entre eux un pouvoir d’achat suffisant pour en réserver une part confortable à ces mêmes loisirs.

Cela fait donc 30000 ans, pic maximum de la dernière glaciation, que le climat se réchauffe avec des accélérations, des régressions, des stagnations ; qu’il y ait donc de nos jours une accélération n’a rien d’extraordinaire. Que le niveau de la mer en soit affecté cela est évident : en 30000 ans le niveau de la mer a monté de 70 à 80 mètres … Evidemment, des sociétés qui vivent de préférence et de plus en plus dans les vallées et sur les littoraux, ce qui n’était pas le cas dans un passé plus ou moins lointain, s’émeuvent d’une remontée de quelques centimètres ; d’autant que l’appât du gain a conduit à faire des constructions très denses et parfois dangereuses dans des secteurs menacés par les tempêtes et les crues liées à des phénomènes atmosphériques … ou par les tsunamis qui sont, eux, des phénomènes séismiques et volcaniques. La catastrophe bien réelle de FUKUSHIMA est largement due au non respect des consignes de l’administration nippone qui au XVIIIème siècle avait non seulement signalé comme inconstructibles les zones littorales victimes des tsunamis mais avait également établi le bornage de leur plus forte extension. Le capitalisme japonais au cours des deux derniers siècles a évidemment fait fi de cette sagesse administrative ; mais il est peu probable que ce même capitalisme, géré bien entendu par d’autres personnes souvent héritières des premières, paye la totalité des dommages et intérêts. Il y a fort à parier, en revanche, qu’il sait déjà tirer profit de la catastrophe qui affecte des centaines de milliers d’habitants du beau « pays du soleil » levant.

Tiens ! Voilà le soleil qui repointe son nez !

A défaut du ciel qui pourrait tomber sur nos têtes ou de la mise en accusation du capitalisme spéculatif et actionnarial qui tire profit de tout, la catastrophe climatique annoncée permet de dénoncer quotidiennement et à chaque instant de sa vie le simple quidam que tu es, que je suis. On se lave les dents en faisant couler trop d’eau ; on prend sa bagnole pour aller au boulot au lieu d’y aller à vélo ; on se chauffe au fuel au lieu d’utiliser de l’électricité auto produite ; on met à la poubelle les déchets alimentaires alors que c’est si bon pour les poules !

Dieux de l’Olympe, que nous sommes bêtes !

Mais les métaux lourds et les pesticides qui gorgent la terre et finissent dans notre assiette, qui les a produits et vendus ? Mais ces territoires éventrés, dévastés pour exploiter sables bitumeux ou gaz de schistes serait-ce avec la petite pelle que tu utilises dans ton jardinet de balcon que tu les as saccagés ? Etc. Etc.

Il faut des accusés : 7 milliards d’êtres humains c’est facile à trouver !

Mais la petite, toute petite dizaine de millions d’exploiteurs et de profiteurs qui ont intérêt à nous poussent vers la barre du tribunal est-elle non identifiable ?

Et (presque) tout le monde de donner comme preuve du dérèglement climatique provoqué par les hommes le beau temps qu’il fait au moment du solstice d’hiver. Il fait presque doux, les bourgeons gonflent sur le bois dénudé, le ciel est limpide … C’est le soleil qui, le rideau de la COP 21 retombé, vient nous dire qu’il est le maître de notre monde !

  • Alain CORBIN Le territoire du vide L’Occident et le désir du rivage 1750-1840

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