Une ignominie trop souvent passée sous silence

ou le gâchis du STO

Les années 2014-2015 ont permis d’honorer solennellement, à l’occasion du 70éme anniversaire des débarquements de Normandie et de Provence (1944) puis de l’ouverture des camps de concentration, de déportation et d’extermination nazis (1945), les victimes de la guerre et de l’idéologie nazie, combattants, civils, déportés, minorités exterminées au nom du racisme et de l’eugénisme de l’Allemagne hitlérienne dont les féaux de toutes nationalités ont soutenu et entretenu la folie meurtrière. Parmi ces vils ennemis de la dignité et des Droits de l’Homme, il y a les fossoyeurs de la République Française, Philippe PETAIN, le Maréchal félon, aux mains rouges du sang des victimes de Verdun puis du régime de Vichy, et ses sbires.

Comme le SNCA e.i.L. Convergence a eu l’occasion de le dire à l’occasion du débat sur l’identité nationale, la Nation, pour prétendre à être reconnue comme telle, doit être consciente des heurs et malheurs de son histoire et, sans justifier les crimes qu’elle a commis ou couverts, les assumer.

C’est pourquoi, par le biais du blog d’Arsa, Etc. pour la République, le SNCA e.i.L. Convergence tient à donner la parole à un survivant d’une ignominie pétainiste qui à mis au service de l’ennemi, entre 1940 et 1944, 600000 jeunes Français requis autoritairement pour travailler à l’effort de guerre du IIIème Reich allemand contre la démocratie, l’humanisme et la civilisation.

Il arrive cependant qu’ici ou là, un monument rappelle que les requis du STO ont été eux aussi des victimes de l’hitlérisme et du pétainisme. C’est le cas dans la ville de Montargis, dans le Loiret où une stèle leur a été dressée. Que celles et ceux qui ont pris cette initiative voient dans le témoignage qui suit une sorte de remerciement.

Claude est né à Paris dans le 13ème. Il est de la classe 42. Il est le dernier né d’une fratrie de six enfants. Ayant fait son apprentissage chez Delahaye, constructeur de voitures de luxe et de camions, et CAP en poche, il est embauché par la firme et travaille comme tourneur à des pièces destinées pour certaines aux moteurs qui équipent les engins des sapeurs pompiers. Ce beau garçon aux yeux bleus, sportif à ses heures – il aime le vélo et l’aviron – a 17 ans quand la Seconde Guerre Mondiale éclate en Europe et 18 au moment de la débâcle. Il embarque dans un autobus avec son vélo et toute la famille sauf le papa qui travaille à la Monnaie et n’a pas voulu laisser à l’abandon et au pillage les richesses de cette institution. Destination : un petit coin du Cantal où Claude a passé des vacances en colonie quelques années auparavant. Les évènements se précipitent ; la défaite porte au pouvoir le Maréchal Pétain qui conclut avec l’envahisseur l’armistice du 22 juin 1940.

Muni d’un laisser passer pour franchir la ligne de démarcation qui désormais sépare la zone occupée par les armées du IIIème Reich de la zone réputée libre sous administration pétainiste, il revient à Paris à bicyclette et reprend son travail d’ouvrier qualifié.

Comme la première guerre mondiale, la seconde est une guerre de matériel. C’est d’ailleurs à l’efficacité, au moins momentanée, de ses chars et de ses avions, qu’Hitler doit d’avoir remporté la Blitzkrieg contre la France. Mais pour lui, la guerre n’est pas finie : l’Angleterre tient tête aux bombardements de la Luftwaffe. Et réplique en bombardant des points névralgiques de la production industrielle allemande.

Certes, l’année suivante, Hitler en envahissant l’Union Soviétique peut considérer que sa puissance matérielle en équipements militaires motorisés lui donne toujours la supériorité sur l’adversaire jusqu’à l’arrivée du Général Hiver qui cloue au sol et dans la neige ses blindés.

Le IIIème Reich ne peut être au four et au moulin : pendant que ses troupes font la conquête de l’Europe et l’occupent, les hommes qui les composent ne sont pas à la production de matériel de guerre. C’est pourquoi, dans la zone occupée de la France qui abrite les deux tiers de la population et la majorité des équipements industriels, l’administration allemande instaure pour commencer une « politique particulièrement brutale d’accaparement et de pillage »*. Cette politique draine vers l’Allemagne les matières premières et les sources d’énergie qu’utilisait l’appareil de production de la France et y entraîne des faillites, des fermetures d’usines et le chômage, en particulier des travailleurs étrangers. Il y a donc, parallèlement à ce déménagement de l’équipement français, une campagne de recrutement de main d’œuvre destinée à remplacer dans les usines allemandes celle qui manque pour cause de conquête, d’occupation et d’asservissement de l’Europe : le IIIème Reich recrute des volontaires pour travailler à l’effort de guerre allemand en Allemagne même. Mais les migrants auxquels sont promis de bons salaires ne doivent pas séjourner trop longtemps ; ils doivent avoir seize ans au moins et n’être accompagnés ni de leurs femmes ni de leurs enfants. Ce volontariat, qui n’empêche pas le recours à la contrainte ne donne pas les résultats escomptés. La propagande de « la Relève » fondée sur le volontariat pour permettre de libérer des prisonniers de guerre et remplacer les premiers volontaires rentrés en France à la fin de leur contrat, est contrebattue par les récits des mauvaises conditions de vie et de travail que font les 90000 ouvriers et ouvrières revenus d’Allemagne sur les 142 000 volontaires qui y sont partis de 1940 au printemps 1942.

Etc. pour la République ; « Claude, vous avez vingt ans au printemps 1942. Comment, à cette date, ressentez-vous la situation du jeune ouvrier qualifié que vous êtes ? »

Claude « Le jour même de mes vingt ans a lieu une alerte sur Paris. Je suis affecté à la sécurité civile. Muni de mon brassard, je quitte l’usine avec trois copains. En cours de route on discute. Chez Delahaye, il n’y a pas eu de départ mais on sait que dans d’autres entreprises des gars ont dû partir. Comment faire pour échapper à ça ? Après tout, guerre ou pas guerre, on a toujours besoin sur place de pompiers. On a donc décidé que pour diminuer les risques, le mieux était de s’engager chez les sapeurs pompiers de Paris. Après, je suis rentré chez mes parents. »

Il est vrai qu’en cette année 1942, Fritz SAUCKEL, plénipotentiaire à l’emploi de la main d’œuvre (GBA) pour toute l’Europe et directement aux ordres de HITLER, se démène pour faire partir le plus possible de travailleurs français, qualifiés de préférence, en particulier des métallurgistes, vers les usines allemandes. Le pouvoir pétainiste avec désormais Pierre LAVAL aux commandes, est ouvertement pro allemand et collaborationniste. Ainsi, la loi du 4 septembre 1942 prévoit que les Français de 18 à 50 ans, y compris les femmes célibataires de 21 à 35 ans, peuvent être « assujettis à effectuer tous travaux que le gouvernement jugera utile dans l’intérêt supérieur de la Nation ». La mise à la disposition de l’occupant de la force vive de la France, sa main d’œuvre qualifiée y compris, présentée comme un devoir de sauvegarde nationale, voilà qui à travers le cynisme de la formulation en dit long sur l’inspiration idéologique et morale de la collaboration !

Malgré des dissensions internes et de pauvres finasseries avec l’Occupant qui depuis la fin 42 contrôle tout le territoire français métropolitain, le STO, Service du Travail Obligatoire, est instauré par la loi du 16 février 1943. Pendant un temps, il avait été prévu de le dénommer Service Obligatoire du Travail ou SOT ; même si le ridicule ne tue pas, cette appellation aurait tout de même fait ricaner in petto toute la population ! Donc, le STO est désormais la règle dont la population prend la mesure : tous les jeunes hommes peuvent en pâtir.

Certes, il y a des exemptés, à commencer par les pères de famille ayant trois enfants à charge ou les anciens prisonniers de guerre revenus grâce à « la Relève » … L’administration française doit faire un compte exact des travailleurs français « assujettis » aussi bien en zone occupée qu’en zone libre … Il faut noter, et c’est une remarque qui vaut pour toute l’Europe sous la botte nazie, que les administrations nationales sont sollicitées par l’occupant qui n’a pas la capacité de tout maîtriser. Ces administrations sont plus ou moins co-opérantes. Disons que l’administration française très bien organisée et solidement implantée a assuré la « continuité de l’Etat » sans beaucoup d’états d’âme. Il y eut heureusement, pour l’honneur de la France, des cas individuels de Résistance passive et active, souvent liés aux circonstances qui dans un pays vaincu, occupé et pillé ne sont pas légion.

Etc. pour la République «Votre décision d’échapper au STO qui ne porte pas encore ce nom a-t-elle des motivation politiques ? »

Claude « On ne peut pas dire ça. Simplement, on ne veut pas partir là-bas comme c’est arrivé à certains collègues dans d’autres usines. »

Etc. pour la République « Vous vous êtes donc engagé chez les sapeurs pompiers Mais ça n’a pas empêché votre réquisition. Expliquez-nous. »

Claude « J’ai été mobilisé le 15 novembre 1942. J’étais affecté à l’entretien du matériel et à la sécurité. Peu de temps avant ma démobilisation, j’ai su que c’était fini. Il y a eu une visite médicale de la classe 42. On m’a dit que tous les pompiers étaient en bonne santé ; ce qui signifiait que j’étais bon pour le STO …Peu après, en juillet 1943, j’ai été démobilisé. »

Etc. pour la République « Effectivement, à ce moment-là, le STO existe officiellement. Pouvez-vous nous parler de votre départ ? »

Claude : « J’ai reçu une convocation des autorités françaises avec le lieu où je devais me rendre – c’était la gare de l’Est - la date et l’heure ainsi que le lieu de destination : SAINT-VALENTIN, en Autriche, près de LINZ. A vrai dire je ne me souviens pas de l’heure exacte ; ce devait être à la mi-journée … C’était un train spécial, exclusivement réservé aux requis qu’encadraient des Allemands. Mais c’était un train ordinaire, des voitures de 3ème classe …»

Etc. pour la République « Et le voyage ? L’ambiance ? … »

Claude « Plutôt une bonne ambiance, quoique … Nous avons voyagé sûrement plus de 24 heures avec une étape à Munich. Avant, il y a eu des arrêts techniques : les locomotives marchaient à la vapeur ! De Munich, nous avons été acheminés à SAINT-VALENTIN, près de LINZ. Dans un hangar, on nous a lu des listes pour nous répartir selon les centres de production où nous étions affectés et les baraquements où nous étions logés et qui se trouvaient à l’extérieur de la ville. L’usine était à 3 km de là. »

L’usine, bien dissimulée, fabrique des chars-tigres, une des armes fétiches du régime nazi, puis des chars-panthères.

Etc. pour la République « Parlez nous de votre emploi du temps et de votre travail. »

Claude « Service de jour ou service de nuit, c’est douze heures de travail d’affilé. On part du camp pour l’usine une petite heure avant le début du travail car on fait à pied les 3 km qui séparent les baraquements de l’usine. Et l’inverse douze heures plus tard. Théoriquement, on a un jour de congé par semaine ; mais il m’est arrivé, parce que le Meister, le chef, m’avait dans le nez, de faire sept semaines de travail sans un seul jour de congé ! Personnellement je ne travaille pas directement à la fabrication des chars ; je façonne des pièces pour remplacer celles qui sont défaillantes sur les machines-outils utilisées pour cette production de guerre. »

Au début Claude fait la forte tête ; il rechigne au travail qu’on attend de lui et refuse même de le faire. Résultat : au mitard ! Quand il sort du cachot, il se met au travail.

Etc. pour la République « Pourquoi cette résignation ? »

Claude « Il faut manger. Nous touchons un salaire si nous travaillons. Avec ce salaire nous payons notre nourriture : pas de salaire, pas de repas … On revient vite dans ce cas à des solutions qui au moins vous garantissent la survie ! »

Quand Claude est parti pour SAINT-VALENTIN, et même depuis son engagement chez les pompiers, la situation militaire et politique avait déjà bien changée.

Dès la fin de 1942, le vent a tourné : les Américains en guerre depuis un an commencent à être opérationnels, les Soviétiques sont sur le point d’entamer leur contre-offensive, les Britanniques résistent et ripostent brillamment. Quant aux Forces Françaises Libres, elles servent d’appoint non négligeable en Afrique du Nord. Du coup, les nazis perdent le contrôle des mers qui bordent l’Europe à l’ouest et au sud ce qui annonce, dans cette guerre de matériel, qu’ils n’auront pas le dernier mot.

La politique du STO se ressent de cette situation militaire qui s’inverse. L’Organisation TODT** qui travaille à construire le mur de l’Atlantique, de la Norvège à la frontière espagnole, destiné à empêcher un éventuel débarquement des forces alliées (elles ont déjà débarquées en Afrique du Nord, en Sicile et en Italie du Sud) est privée par la brutalité de SAUCKEL d’une partie de sa main d’œuvre ; cette même brutalité indispose le Haut Commandement Militaire en France (MBF) qui ne veut pas que sur le sol français la production destinée à l’effort de guerre allemand soit désorganisée par des prélèvements intempestifs de travailleurs. Le nouveau ministre de l’industrie, Albrecht SPEER, est d’ailleurs de cet avis ; pourquoi faire venir sur le territoire du Reich tant de main d’œuvre étrangère alors que ses sites industriels sont systématiquement bombardés ? Autant la conserver sur place pour qu’elle contribue à l’effort de guerre allemand sans courir autant de risques. Finalement SAUCKEL est limogé mais sans que les dégâts du STO cessent : la France de Vichy de 1940 à 1944 a livré 600000 requis à l’ennemi (contre 1200000 Polonais et 2000000 de Soviétiques prélevés directement sur les territoires conquis).

Etc. pour la République « N’y a-t-il que des requis français dans ce camp ? »

Claude « Pour l’essentiel, ce sont des requis français. Mais il y a aussi des volontaires et des déportés qui viennent du camp de MAUTHAUSEN reconnaissables à leurs tenues. Nous, on a des bleus qu’on laisse au vestiaire avant de retourner aux baraquements. A l’usine il y a des vestiaires et des sanitaires. De bonne qualité d’ailleurs … Au camp on couche dans des lits superposés ; il y a un lavabo dans les chambrées et les latrines sont à l’extérieur … »

Etc. pour la République « Y a-t-il des frictions entre les requis et les volontaires ? »

Claude « Non, pas vraiment. On travaille tous dans les mêmes conditions et on est aussi logé à la même enseigne ! Donc pas question d’attirer l’attention du Meister avec ses punitions ! Car les punitions sont dures. Il n’y a pas que le cachot … Par exemple, un gars avait braconné un chevreuil ; ça améliorait l’ordinaire. Des fouilles dans son vestiaire ont permis de retrouver des poils de la bête. Le type a été emmené et on ne l’a jamais revu. Dans l’ensemble, on était plutôt solidaire. Un jour ma paye a été volée ; eh bien, les copains ont fait la quête au point que j’ai reçu plus que ce qu’on m’avait volé ! Plusieurs semaines après on a retrouvé le portefeuille en faisant la vidange des latrines ! Mais on n’a pas retrouvé le voleur même si on se doutait de qui avait fait le coup.»

Etc. pour la République « Faites-vous tout de même la grève du zèle tout en évitant le cachot ? »

Claude « Personnellement non. D’ailleurs je ne suis pas à la fabrication des pièces ; j’entretiens et répare les machines. »

Etc. pour la République : ''« Pour vous, ouvrier mécanicien qualifié, comment se présente la situation de la production qui doit sortir de l’usine dans ces années 43-44 ? » '' Claude : « Je ne peux dire qu’il y a ralentissement. Mais il est vrai que le regard des Allemands change. Au début c’est le mépris permanent. Mais ensuite, ils manifestent leur admiration pour notre savoir faire et la qualité de notre travail. C’est plus un rapport de travailleurs à travailleurs que de maîtres à serviteurs soumis comme au début. »

Etc. pour la République « Vous êtes donc un travailleur requis, un ilote livré par son Etat à un Etat ennemi. Vous êtes cependant rémunéré. Vous pouvez parler de cette rémunération ? Avez-vous un peu de temps libre ? »

Claude « On est payé avec de l’argent allemand. Je ne me souviens plus des sommes. Mais avec ça on paye la nourriture. J’ai même pu envoyer un peu d’argent à ma famille … C’est parce que j’avais de l’argent que je suis un jour allé à Vienne. J’ai aussi été voir de loin le camp de concentration de Mauthausen qui était dans le voisinage de LINZ »

La contre-offensive soviétique, l’offensive des alliés occidentaux consécutive aux débarquements en Italie, en Normandie, en Provence, en Grèce, la capacité d’intervention militaire des authentiques Fronts Nationaux de patriotes résistants européens, la défection de vassaux du nazisme en Europe centrale, font reculer la Wehrmacht et ses auxiliaires criminels. Au début de l’année 1945, les troupes allemandes ont été presqu’entièrement refoulées sur le seul territoire du Reich né de l’Anschluss de l’Autriche et de l’annexion de la Tchécoslovaquie en 1938.

Etc. pour la République : « Avez-vous dans votre camp un écho de ce renversement de situation qui, après la libération de la France (juin-décembre 1944), fait de vous non plus des requis mais des prisonniers ? »

Claude « On n’a pas d’information. Surtout qu’on ne reçoit plus de courrier de nos familles. Mais cette absence de courrier indique qu’il y a des changements. A vrai dire, le changement on le découvre vraiment au printemps 1945 quand l’usine est bombardée. Tout ce qu’il reste de matériel, et nous avec, est déménagé plus à l’ouest, dans les environs de SALZBURG. »

Etc. pour la République « On vous remet au travail ? Comment se présente votre nouvel hébergement ? »

Claude « De toute façon, l’usine où on est travaille déjà pour fournir les combustibles aux V1 et aux V2. Quant au matériel déménagé de SAINT-VALENTIN, il n’est pas réinstallé ; alors on ne fait rien. Enfin, on peut toujours aller boire une bière au patelin d’à côté ! On est logé dans une partie de hangar dont l’autre partie sert à stocker des armes et des vêtements pour l’armée. Alors on se sert en profitant de la désorganisation générale ! J’ai récupéré une grosse veste en mouton retourné. Très belle, mais très lourde ! »

Etc. pour la République « En somme, la production de guerre allemande s’arrête avant même votre libération ! Et la « quille » proprement dite ?

Claude : « Un beau jour les Américains étaient là ! Ils nous ont dit qu’il fallait aller jusqu’à un aérodrome voisin à quinze-vingt kilomètres de là. Avec trois copains, on a fauché une camionnette et on est parti de nuit. Mais il n’y avait pas assez d’essence. On s’est ravitaillé clandestinement à des bivouacs américains … La tête qu’ils ont dû faire en se réveillant ! Après ça a été très vite. Deux ou trois jours après mon arrivée à cet aérodrome, j’ai été embarqué sur un DC4 – c’était mon baptême de l’air ! – qui a atterri près de Lille ; de là j’ai pris le train pour Paris. Mon beau frère qui savait que les requis rapatriés d’Autriche arrivaient à la gare du Nord venait tous les jours attendre le train d’où je descendrais un jour. Et un jour, j’étais là ! »

Etc. pour la République « Avec votre retour en France la page du STO était-elle définitivement tournée ? »

Claude : « Mon engagement chez les pompiers avait été interrompu par ma réquisition. J’ai donc dû terminer cet engagement jusqu’à la fin de l’année 1945 ! »

Etc. pour la République. « Vous y repensez ? »

Claude : « Toutes ces années perdues … Un gâchis. Mais je ne me suis pas appesanti là-dessus après mon retour. J’ai gardé le contact avec certains copains pendant quelque temps. Mais j’ai repris ma vie d’avant. Je n’ai pas volontairement ni vraiment tourné la page. La vie s’en est chargée depuis si longtemps … »

* In Bernd Zielinski, Staatskollaboration, cité par Patrice Arnaud, Histoire des Français requis en Allemagne nazie 1942-1945

** Pour ne pas le démoraliser, la famille de Claude ne l’informe pas que son père a été grièvement blessé en se faisant renverser boulevard Saint-Marcel par une voiture de l’organisation TODT. Il mourra quelques mois après le retour de son fils.

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