Un fou de dieu (ou un fou tout court) s’attaque au Louvres

Les Rendez-vous de l’Histoire sont nés, il y a de nombreuses années déjà, sous l’égide de Jack LANG, alors maire de BLOIS. Tous les ans, ils se tiennent dans la première quinzaine d’octobre pendant que la plus grande librairie de livres d’histoire du monde tient salon au cœur de la ville royale où Louis XII et François Ier tinrent leur cour.

En 2016, j’ai réussi à assister à un seul débat. Il portait sur Palmyre que Daesh n’avait pas encore reprise.

Les protagonistes du débat étaient, d’un côté, Maurice SARTRE, mon professeur d’histoire ancienne qui m’a fortement incitée en 1986-87 à poursuivre mes efforts pour réussir le concours de l’agrégation d’histoire – il a eu raison – et sa femme, Annie SARTRE, tous deux spécialistes de la SYRIE hellénistique et romaine, et de l’autre, l’académicien Dominique FERNANDEZ, dont l’œuvre littéraire ne me laisse pas indifférente.

A vrai dire, le sujet du débat n’était pas Palmyre dont il fut pourtant abondamment et prioritairement question, mais ZENOBIE*, grande figure de cette cité romaine des confins irako-syriens veuve d’un certain ODAINATH qui, ayant triomphé des Perses Sassanides en 260 après JC, s’était proclamé Roi des Rois. C’est la raison pour laquelle on parle de la Reine ZENOBIE ; mais elle n’est en rien, pour autant, reine de Palmyre.

Cette veuve, cette ZENOBIE, ou BETHZABEE, après l’assassinat de son époux en 267, non seulement transféra sur son fils WAHBALLAHT la titulature de son défunt mari, mais après la mort de l’empereur romain CLAUDE II en 270, le proclama AUGUSTUS et se proclama elle-même AUGUSTA : la prétention pour elle et son fils d’être Empereurs de Rome contre celle d’AURELIEN qui finalement l’emporta et traîna les présomptueux à son triomphe.

Monsieur FERNANDEZ voit dans ZENOBIE une femme libre qui se révolte contre Rome. Que nenni ! C’est surtout une femme de trempe qui se voit non contre Rome mais Rome elle-même ! Comme quoi, n’en déplaise au romanesque, la réalité dépasse la fiction en ce sens qu’elle a parfois plus de gueule qu’elle !

Toujours est-il que ce jour-là, il fut surtout question de Palmyre, ville d’aujourd’hui et d’hier, victime, pour sa parure antique, des fous de dieu qui ont détruit et saccagé un haut-lieu de la civilisation gréco-romaine où puise notre culture occidentale de mécréants.

En effet, dit à un moment Maurice SARTRE, nos idoles sont les œuvres d’art comme en témoignent nos musées et le soin (relatif, convenons-en) que nous prenons à préserver de par le monde tout ce qui a été édifié, de siècle en siècle, pour la beauté de ce monde.

Cet imbécile dangereux qui dans les parages du LOUVRES, un des plus importants musées du monde en qualité d’œuvres qui y sont conservées, s’est attaqué, le 3 février 2017, aux militaires qui gardent les accès d’un Temple de la Culture et de la Beauté, à l’instar de ses soi-disant frères d’armes qui saccagent « la splendeur de Palmyre, l’irremplaçable trésor …tout un pan de notre culture » selon les termes du grand historien PAUL VEYNE, pratique la guerre sainte et, au passage, tente de renverser nos idoles.

Les images satiriques, les concerts de rock, les musées et ceux qui les fréquentent, les autels où se célèbrent d’autres cultes, les fêtes populaires où la foule accoure pour admirer «Ô, la belle bleue ! Ô, la belle rouge ! », voilà, entre autres, les malheureuses et sanglantes victimes de ces imbéciles.

Comme dit Mahomet quelque part : « Quel malheur d’être admiré par des cons ! »

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* Anecdote : il y a quelque temps, invitée aux Entretiens Jean ZAY qui se déroulent au ministère de l’Education Nationale, j’attendais, avec d’autres invités, que la salle où devait se dérouler la séance soit libérée. Nous étions assis sur de rares sièges et sur les marches de l’escalier dont les murs sont ornés des portraits des ministres de l’Ecole de la République. Je feuilletais justement le livre d’Annie et Maurice SARTRE, ZENOBIE de Palmyre à Rome. Soudain une dame se penche vers moi : « Qu’est-ce que c’est qu’un zénobie ? »